Une équipe suisse, spécialisée en chirurgie plastique, reconstructrice et esthétique, a évalué, sur le plan épidémiologique et économique, les complications intervenues après une chirurgie esthétique mammaire réalisée à l’étranger.

Publiée dans le numéro d’août 2019 des Annales de Chirurgie Plastique Esthétique, cette étude s’est intéressée au tourisme médical, phénomène consistant à se rendre de l’étranger pour aller se faire soigner, le plus souvent pour se faire opérer. Il s’agit la plupart du temps de chirurgie esthétique, de chirurgie bariatrique (pour lutter contre l’obésité), de traitement de l’infertilité, de soins dentaires, plus rarement de greffe de cellules souches. Les personnes en question le font principalement pour des raisons financières, l’intervention chirurgicale coûtant moins cher que dans leur propre pays et/ou pouvant être réalisée avec un moins long délai d’attente. Par ailleurs, ce tourisme médical est parfois un moyen de joindre le nécessaire à l’agréable.

Chirurgie esthétique mammaire

Des chirurgiens plasticiens des Hôpitaux Universitaires de Genève ont étudié les différents types de complications survenues à la suite d’une chirurgie esthétique des seins à l’étranger. Seules ont été prises en compte les complications survenues dans les 30 jours après l’intervention, en particulier les infections et les retards de cicatrisation.

L’étude révèle que, sur une période de deux ans, 26 patientes ont été hospitalisées en chirurgie plastique et reconstructrice pour le traitement de complications aiguës. L’âge moyen de ces femmes est de 40 ans (22–67 ans). Dix d’entre elles ont été opérées en Afrique du Nord, 8 en Europe, 7 en Amérique latine, 1 aux États-Unis. Parmi les pays concernés, la Tunisie est la destination principale (8 cas), font remarquer Ali Modarressi et ses collègues chirurgiens plasticiens, ajoutant que les opérations ont pour la plupart (70 %) consisté en la pose de prothèses mammaires.

Les auteurs ont recensé 39 complications chez les 26 patientes prises en charge. Celles-ci ont consulté en moyenne 13 jours après leur opération chirurgicale à l’étranger. Les patientes ont ressenti les premiers symptômes le plus souvent 5 jours après l’intervention, parfois dès le lendemain, d’autres fois plus tardivement (9 jours après). Chez 19 des 26 patientes examinées, la complication a consisté en une infection du site opératoire. Une infection isolée a été observée dans 34 % des cas, un problème de cicatrisation dans 21 %. Par ailleurs, l’association d’une infection à un problème de cicatrisation a représenté 31 % des complications. Les autres problèmes post-opératoires ont consisté principalement en l’apparition d’œdèmes et d’hématomes.

Chez 19 des 26 patientes examinées, la complication a consisté en une infection du site opératoire

Infection à mycobactérie atypique

Dans les cas d’infection constatées, les bactéries pathogènes les plus fréquemment en cause sont Pseudomonas aeruginosa etMycobacterium abscessus. Ce dernier germe appartient au groupe des mycobactéries environnementales à croissance rapide, définies par leur capacité de pousser en moins d’une semaine après mise en culture au laboratoire. Une infection par M. abscessus est difficile à diagnostiquer et à traiter.

Ce germe pathogène est le plus souvent trouvé dans un environnement médicalisé, plus rarement dans l’eau, le sol, la poussière. Même si l’origine de la contamination peut rester méconnue, les infections du site opératoire sont souvent dues à une contamination de l’eau du robinet de l’hôpital ou une mauvaise désinfection du matériel chirurgical.

Des articles ont récemment fait état d’un nombre conséquent de cas d’infection à M. abscessus chez des patients opérés en République Dominicaine. Publiée en septembre 2018, une étude américaine révélait que le coût total d’une infection à mycobactérie atypique dépassait les 123.000 dollars (plus de 110.000 euros) et entraînait un arrêt de travail d’une durée d’environ 6 mois.

Bactéries résistantes

Les auteurs suisses soulignent que « le taux particulièrement élevé d’infections à germes multirésistants et à mycobactéries atypiques pose un problème important de santé publique », ajoutant que « dans 47 % des cas, il s’agit de bactéries résistantes ».

Selon eux, « le danger de rapatriement de germes résistants ou atypiques n’est pas à négliger et les médecins qui prennent en charge ces patients doivent en être informés pour appliquer les mesures nécessaires de diagnostic et de traitement ».

Réinterventions chirurgicales

Toutes les patientes hospitalisées à leur retour de l’étranger ont dû être réopérées. Trois d’entre elles ont dû subir trois autres interventions chirurgicales. Deux autres ont dû repasser sur le billard à deux reprises. Tout cela lors d’un même séjour hospitalier. La prothèse mammaire a dû finalement être retirée chez 7 des 16 patientes qui avaient présenté une complication lorsque la prothèse avait été laissée en place. La durée moyenne d’hospitalisation a été de 8 jours. Dans certains cas, celle-ci a été d’un mois ou même plus (39 jours).

Les spécialistes suisses précisent que « le coût réel calculé pour la prise en charge hospitalière était en moyenne de 14.724 Francs suisses (CHF), équivalant à 12.963 euros par patiente ». 

Selon eux, il importe d’informer les patients désireux avoir recours au tourisme chirurgical à propos les risques encourus afin de mieux encadrer leur démarche. Et de conclure que le « risque existe aussi bien dans le domaine de chirurgie mammaire que dans d’autres actes de chirurgie plastique et esthétique, notamment l’abdominoplastie »(intervention de chirurgie esthétique de la paroi abdominale consistant à retendre la peau du ventre). Ils indiquent en effet avoir observé une recrudescence de complications ces dernières années chez des patientes ayant subi ce type d’intervention à l’étranger.

Autres opérations à risque

Publiée en 2018 dans l’Aesthetic Surgery Journal, une étude britannique avait rapporté que 24 patients ayant consulté pour une complication post-opératoire (dont 22 femmes âgées de 25 à 58 ans) s’étaient rendues en Turquie mais également en Colombie, Pologne, Roumanie, Dubaï, Belgique. La majorité des patientes en question (38 % des cas) avaient subi une augmentation glutéale par implants siliconés, autrement dit une intervention vidant à obtenir des fesses plus rebondies. Les autres interventions consistaient en une augmentation du volume des seins avec pose de prothèses mammaires (33 %), une abdominoplastie (21 %), une chirurgie de comblement du visage ou fillers (8 %).

En 2017, une publication australienne a analysé 17 études sur le tourisme chirurgical, portant sur la seule chirurgie d’augmentation mammaire. Celle-ci a révélé que les destinations les plus prisées pour ce type d’intervention étaient le Sud-Est asiatique, notamment la Thaïlande et la Malaisie. Parmi les autres destinations : l’Est asiatique, le Moyen-Orient, l’Amérique du sud, la Belgique, le Brésil, le Mexique, les Emirats arabes unis. Dans certains cas, l’intervention chirurgicale a viré au drame avec pour conséquence : septicémie, intubation et ventilation, ablation bilatérale des seins (mastectomie bilatérale radicale), atteinte cérébrale par manque d’oxygénation (hypoxie cérébrale irréversible), décès.

Pierre-Yves Abjean

Auteur Pierre-Yves Abjean

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